(Actualisé avec détails)
Le régime iranien pourrait lever dans quelques jours la coupure d'internet qu'il a imposée durant la répression sanglante des plus importantes manifestations depuis la Révolution islamique de 1979, a déclaré lundi un haut responsable du Parlement.
Ebrahim Azizi, président de la commission parlementaire de la sécurité nationale et de la politique étrangère, a déclaré que les principaux organes de sécurité prendraient une décision sur le rétablissement d'internet prochainement, et que le service reprendrait "dès que les conditions de sécurité seraient appropriées".
Un autre membre du parlement, Hamid Rasaei, un partisan de la ligne dure, a déclaré que les autorités auraient dû tenir compte des plaintes formulées précédemment par le guide suprême Ali Khamenei au sujet du "laxisme du cyberespace".
Les communications iraniennes, y compris internet et les lignes téléphoniques internationales, ont été interrompues dans les jours ayant précédé les affrontements les plus violents entre manifestants et forces de sécurité. La coupure s'est partiellement résorbée depuis.
Les rues iraniennes sont restées calmes depuis la semaine dernière, après trois jours de violences sans précédent et de manifestations antigouvernementales qui ont débuté le 28 décembre en raison de l'inflation galopante.
Selon un responsable iranien qui a parlé à Reuters sous couvert d'anonymat, le bilan confirmé des manifestations s'élève à plus de 5.000 morts, dont 500 membres des forces de sécurité.
Des groupes de défense des droits iraniens basés à l'étrangers affirment également que des milliers de personnes ont été tuées.
Les opposants au gouvernement accusent les autorités d'avoir tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques pour écraser la contestation. Le clergé iranien affirme que des foules armées, encouragées par des ennemis étrangers, ont attaqué des hôpitaux et des mosquées.
Le groupe américain de défense des droits des Kurdes iraniens HRANA a rapporté lundi qu'un nombre important de blessures chez les manifestants étaient dues à des tirs de plombs sur le visage et la poitrine, qui ont entraîné des cécités, des hémorragies internes et des lésions organiques.
La télévision d'État a fait état dimanche de la poursuite des arrestations dans tout le pays, notamment à Téhéran, à Kerman et à Semnan. Selon la télévision, des agents qualifiés de groupes terroristes israéliens figuraient parmi les personnes détenues.
De précédents mouvements antigouvernementaux en Iran ont aussi été violemment reprimés par les autorités, en 2009 et en 2022.
LA TÉLÉVISION D'ETAT A ÉTÉ PIRATÉE
Le groupe de surveillance Internet Netblocks a déclaré lundi que la connectivité nationale restait minimale, selon ses mesures. Le groupe a observé qu'un "filternet" avec des restrictions gérées permettait le passage de certains messages. Cela suggère que les autorités s'efforcent de filtrer davantage le réseau.
La télévision d'État a semble-t-il été piratée dimanche en fin de journée, des discours du président américain Donald Trump et du fils en exil du dernier Shah d'Iran appelant la population à se révolter ayant brièvement été diffusés.
Lors du piratage présumé, la télévision a diffusé une séquence de plusieurs minutes avec le titre "les vraies nouvelles de la révolution nationale iranienne".
On pouvait voir notamment des messages de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d'Iran, établi aux États-Unis, appelant à une révolte pour renverser les religieux musulmans chiites au pouvoir depuis la révolution de 1979 qui a renversé son père.
Reza Pahlavi est devenu une voix importante de l'opposition et a déclaré qu'il envisageait de rentrer en Iran, bien qu'il soit difficile d'évaluer de manière indépendante l'ampleur du soutien dont il bénéficie en Iran.
Des discours de Donald Trump ont également été diffusés lors du piratage. Le président américain a menacé l'Iran à de nombreuses reprises lors de la répression des manifestations, évoquant à demi-mot une intervention militaire en soutien aux manifestants. Il a toutefois fait marche arrière depuis que les tueries ont cessé.
Les avertissements de Donald Trump ont fait craindre aux États arabes du Golfe une escalade plus importante. Ils ont mené une diplomatie intense avec Washington et Téhéran.
L'ambassadeur iranien en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a déclaré lundi que "déclencher un conflit aurait des conséquences pour toute la région".
(Bureau de Dubaï, rédigé par Angus McDowall, version française Etienne Breban, édité par)

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